Le Vampire de Trégunc

Mes crocs viennent de lui sectionner la trachée et la carotide, il titre au moins à 2 grammes et demi d’alcool par litre ce maudit marin. Ma technique de mise à mort était très simple. Une fraction de seconde avant la coupure de l’artère carotide interne par ma dentition spécifique digne d’un félidé de grande taille, à l’aide de la griffe de mon index long de 7 à 8 centimètres, je perfore le cou et le vaisseau de vie qui achemine le sang oxygéné vers le cerveau. Ce procédé interdit la rétraction de l’artère, me permettant de siphonner son sang. Cette action ne durait pas plus d’une minute. Je l’avais choisi pour sa corpulence, un mètre quatre vingt et cent vingt cinq kilogrammes, au bas mot, je laisse son cœur déverser ce sang chaud, humide, rouge, sur ma langue et je me délecte à entendre ses gargouillis dans son ultime combat pour la vie. Le jet puissant s’amenuise rapidement. Mon cœur, au ralenti, s’active de nouveau, mon corps se réchauffe et mon teint blafard se meut en de splendides joues colorées. Je retrouve vigueur et puissance, moi, kluzarki, vampire de mon état.

  • Alors, mon gaillard, tu voulais me faire la peau.
  • Aucune réponse.
  • Désolé, ta route s’arrête ici.

Tout mes sens étaient en éveille, nous étions quasiment adossé à la taverne, j’entendais les conversations, les rires. Il était au alentour d’une heure du matin, et aucun noctambule à proximité.

J’étais à deux pas dans une ruelle crasseuse, quelques mètres en retrait de la rue principale, le sol était pavé de petits cubes de granites joints. La forme de la rue en V, permettait l’écoulement des eaux usées. La largeur de l’impasse ne dépassait pas un mètre cinquante, dans un noir absolu, aucun client, aucun passant n’avait conscience du drame qui se dénouait dans la fange du ruisseau de sang et de détritus que charriait cette ruelle à forte pente. J’avais entrainé ma victime grâce à un stratagème simple, je m’étais enivré avec lui, je ne faisais pas semblant de boire des litres de vin en sa compagnie mais il m’est impossible de me saouler. Mon organisme au métabolisme accéléré, évacuait l’ivresse dans l’instant et je ne l’éprouverais jamais plus, souvenir nostalgique de ma jeunesse en tant qu’être humain. Mes deniers trébuchants avaient achevés de le convaincre de me suivre, ce rapace ne brillait pas par son intelligence mais son regard avide en disait long sur ses intentions. Il était armé d’une longue rapière avec divers entailles plus ou moins profondes sur le tranchant, et des tâches d’oxydations sur la longueur de la lame, signe qui ne s’agissait pas d’un guerrier, celle-ci lui servait parfois à occire les victimes de sa convoitise. Le fil de son sabre tranchait plus souvent les têtes de cochons. J’imagine que c’est l’option qu’il avait choisi de m’infliger mais ma rapidité légendaire, à peine discernable, avait raccourci sa vie et revitalisée la mienne.

 

Nous étions en 1610, j’étais richement vêtu, une collerette de dentelles lactescentes élevée vers le haut, un pourpoint de couleur uni, bleu azur, recouvrant une chemise blanche, des hauts-de-chausses lâches, du même ton que le pourpoint, des bottes en daim, beige, enserrant mes jambes jusqu’aux genoux. Je suis considéré comme un grand individu pour l’époque, avec mes 1m86, ma stature dégageait une aura de crainte, de fascination et ma musculature variait en fonction de mes repas. En dépit de mes précautions et de ma vivacité, je n’ai pas pu éviter de m’asperger de sang. Ceci posait un problème de discrétion, d’ailleurs ma victime aussi s’invitait dans cette équation. Ma vue me permettait de voir dans l’infrarouge et l’ultraviolet, je décidais de m’enfuir avec sa carcasse sur l’épaule en usant de ma vélocité et de ma force herculéenne. Cela me prit une minute au plus pour m’éloigner de ce bourg de 2500 âmes, en évitant les témoins peu nombreux et heureusement, dans une bourgade à l’éclairage inexistant. Estimant que la distance parcourue était suffisante, environ cinq kilomètres, je décidais de déposer l’indésirable dans un fossé naturel au milieu d’un bois. J’espérais par ce procédé, retardé la découverte du corps et que, seuls les loups soient accusés de ce méfait. Par le passé, je m’étais abstenu de ces obligations et mal m’en avait pris, j’avais souvent été pourchassé par une foule en colère qui pressentait mon attache au surnaturel, un démon sur terre. J’étais, en dépit d’une rumeur de bouche à oreille, et quelques affiches avec des portraits très peu ressemblants, une légende effrayante dans tous les pays de monde. Celle-ci était ravivée, lorsque je déposais mes bagages dans un port quelconque de ce vaste monde. Je ne m’attardais jamais très longtemps et renouvelais les escales fréquemment, les recoupements, fussent ils inspirés par la peur, donc sur des fondements incertains, sans réel perspicacités, m’interdisait de tenter le diable.

  • Rire

Je regardais une dernière fois ma victime, avec son visage sépulcrale qui était souvent le mien, l’œil vide, la redingote marron recouvert de feuilles et de terre, les bras et les jambes légèrement désarticulés. Cette vision, que j’avais vécue mille fois par le passé, n’occupait aucun espace dans ma mémoire. Aucun plaisir mais uniquement une nécessité. Avais-je jamais eu des remords, cela avait eu lieu mais dans un passé très lointain, il y a plus de 5000 ans. Je n’avais pas toujours été cette créature avide de sang. Je retournai d’un pas alerte à mon antre. Celle-ci était un bateau amarré au port de Concarneau. Je devais marcher une vingtaine de kilomètres avant d’arriver à mon port d’attache. Mon esprit dérivait vers les souvenirs lointains de ma naissance en tant que prédateur immortel, impitoyable et sans attache. Le vent marin sur mon visage, frais, iodé, légèrement réfrigérant stimulait ma rêverie. La noirceur des feuillages des arbres sur fond d’une nuit étoilée, claire, ponctué du hululement d’un effraie de clocher, ne pouvait qu’accentuer une nervosité, pour le commun de mortel, mais conscient de mes pouvoirs uniques et inégalables, aucun homme sur terre, aucune armée ne pouvait me faire trépasser, je déambulais sans crainte vers ma destination portuaire.

 

Chapitre 1er

 

 

Je scrutais avec une très grande attention le passage d’un bouquetin, splendide, en pleine force de l’âge, sa robe fauve luisante, sa tête surmonté de deux cornes de près d’un mètre chacune, une barbiche noire, drue, avec une zone blanche qui recouvrait son fessier, son ventre ainsi que son abdomen, cette blancheur se retrouvait aussi sur la partie basse de ses membres, comme des chaussettes qui s’ajustaient jusqu’aux articulations. Mon approche avait été lente, longue et harassante pour parvenir à surplomber ce magnifique animal, ses bonds majestueux, aériens, stupéfiaient par leur précisions diaboliques et retardait saut après saut, l’éventualité d’une mise à mort. Cette chasse durait depuis la veille, je m’étais positionné en altitude durant la nuit et patienter jusqu’au lendemain. Jeune guerrier, je prenais le risque d’être aussi une proie pour le léopard des neiges. J’étais harnaché léger, une longue lame pour la découpe et un arc à la performance limité à 100 mètres, le jet n’était létale qu’en dessous de cette distance. Mon carquois en cuir ne contenait qu’une dizaine de flèches, longues, plumées de tétraèdre et enduit d’un poison foudroyant. Je prenais mon temps et toutes les précautions afin de ne commettre aucune erreur, mon tir devait atteindre sa cible au premier jet, sinon, je m’imaginais mal reporter au lendemain la poursuite de la traque. Courbaturé, fourbu, je serrai les dents et je me déplaçais entre les monticules rocheux, et j’observais scrupuleusement le sol pour ne pas créer une avalanche de pierres. Enfin, je m’étais rapprocher à une distance acceptable et préparait mon archer pour décocher une flèche. Je me relaxais quelques seconds avant le tir, la crainte d’une tétanisation musculaire hantait mon esprit. La flèche s’envola et parcourut la distance en quelques seconds pour atteindre l’encolure. Je criais de joie, je savais dès à présent que le majestueux ne survivrait pas. Mon retour au village allait être triomphal.

Le gibier eut un sursaut de stupéfaction avant de commencer à tituber. Il s’écroula tremblotant. Soudain, une lueur vive à l’horizon, grandissante, venant du ciel se rapprochait à très vive allure, une queue de comète dans son sillage. J’étais terrorisé. Je voyais bien la nuit des lanternes dans le ciel et la lune brillante, spectacle familier mais rien qui se déplaçait sans bruit vers moi à folle allure. La flamme percuta le flanc de la montagne à quelques centaines de mètres plus bas. A ce moment là, j’entendis le bruit assourdissant de l’impact, les débris de roches, des choses brillantes qui pouvaient ressembler à du métal. Je me terrais sur le sol complètement pétrifié de peur. Je ne bougeais plus durant de longues minutes. Les bruits se turent. Recroquevillé derrière un promontoire rocheux, la peur s’amenuisait, je tremblais encore lorsque pour la première fois, je risquais un œil sur la chose en contrebas. Je compris que l’objet que j’observais, n’était pas une création de la nature. Sa forme ronde avait disparu en partie dans la montagne, cette création divine avait une dimension de 500 mètres dans sa rondeur au moins. Les couleurs ressemblaient à mon épée bien polie. J’en déduisais que la nature de l’objet était constitué d’un métal similaire à ma lame. Cela me stupéfiait et m’inquiétait d’autant plus. Il devait s’agir d’un peuple puissant pour manufacturer tant de métal.